L'expression « police scientifique » recouvre une réalité bien plus complexe qu'il n'y paraît. Derrière elle se cachent deux institutions distinctes, une réforme territoriale récente, plusieurs niveaux hiérarchiques et une profusion de sigles qui déroutent candidats et curieux. Ce guide pose les repères essentiels, du niveau national au terrain et se termine par un glossaire complet des acronymes.
Deux institutions, deux filières
En France, la police scientifique est portée par deux grandes institutions, qui poursuivent le même but mais relèvent de hiérarchies, de statuts et de fonctionnements différents.
Police nationale | Gendarmerie nationale | |
|---|---|---|
Tutelle | Direction générale de la police nationale (DGPN) | Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) |
Acteur national | Service national de police scientifique (SNPS) | Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), au sein de l'Unité Nationale de Police Judiciaire (UNPJ) |
Personnels de terrain et de laboratoire | Techniciens et ingénieurs de PTS, policiers actifs | Techniciens en identification criminelle (TIC) |
Qualification judiciaire | Non (les personnels scientifiques de la police) sauf personnels actifs affectés en Police Scientifique | Oui (les gendarmes sont APJ ou OPJ) |
Confondre ces deux filières, ou mélanger leurs sigles, est l'une des erreurs les plus fréquentes.
Un peu d'histoire
L'histoire de la police scientifique française commence à la fin du XIXᵉ siècle avec une figure fondatrice : Alphonse Bertillon. En poste à la préfecture de police de Paris, il met au point dès 1882 l'anthropométrie, également appelée le « bertillonnage ». Il s'agit d'un système d'identification des récidivistes fondé sur des mesures corporelles, qu'il complète par le « portrait parlé » et la photographie judiciaire signalétique. En 1888, un service d'identité judiciaire est structuré autour de ses méthodes. On lui doit aussi, à lui pour qui « l'indice matériel ne ment pas », la première mention de l'expression « police scientifique ».

L'autre grand pionnier français, Edmond Locard, médecin et père de la criminalistique, lui préfère le terme de « police technique » . En 1910, dans les combles du palais de justice de Lyon, il fonde le premier véritable laboratoire dédié aux enquêtes. De cette double filiation découle, aujourd'hui encore, l'appellation « police technique et scientifique » (PTS). L'anthropométrie de Bertillon cédera ensuite la place à la dactyloscopie, l'identification par les empreintes digitales, jugée plus fiable. L'organisation a continué d'évoluer par étapes tout au long du XXᵉ siècle. Le tournant majeur date de janvier 2021 avec la création du Service national de police scientifique (SNPS) issu de la fusion de deux entités :
- le Service central de la police technique et scientifique (SCPTS) et,
- l'Institut national de police scientifique (INPS), qui regroupait les laboratoires.
Ces deux structures n'existent donc plus en tant que telles et leurs missions sont désormais réunies au sein du SNPS.
Le SNPS : l'organisation nationale de la police nationale
Service à compétence nationale rattaché à la DGPN, le SNPS définit la doctrine, les méthodes et les priorités de la police scientifique pour la police nationale. Il pilote la formation, l'innovation et la recherche, gère les grands fichiers d'identification et apporte un appui opérationnel aux enquêtes. Son siège est implanté à Écully, près de Lyon. Depuis le 30 juin 2025, il est dirigé par l'inspectrice générale Estelle DAVET. Le réseau qu'il pilote rassemble environ 4 000 personnels au niveau national, dont près de 3 200 scientifiques.
Le SNPS s'appuie sur plusieurs composantes nationales :
- Cinq laboratoires de police scientifique (LPS), à Lille, Paris, Lyon, Marseille et Toulouse, tous à compétence nationale et pluridisciplinaires.
- Le Laboratoire central de criminalistique numérique (LCCN), dédié à l'exploitation des supports et données numériques.
- Des unités nationales opérationnelles, dont l'Unité nationale d'intervention (UNI) pour les scènes de crime très complexes, l'unité de constatations en milieu toxique (CONSTOX, pour les risques NRBC-E) et l'unité d'identification des victimes de catastrophes (UPIVC).
- Un bureau des fichiers biométriques, qui administre les deux grandes bases nationales : le Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) et le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG).
- Des plateaux nationaux, dont la section spécialisée d'odorologie et le plateau de référence pour la révélation des traces papillaires.
- Un bureau de l'innovation, qui structure la recherche et développement portée par les policiers scientifiques.
Comment est organisé un laboratoire de police scientifique ?
À quelques exceptions près, les cinq laboratoires (LPS) partagent la même organisation, articulée autour de grandes divisions elles-mêmes découpées en sections. Les deux principales sont la division de l'identification de la personne (avec notamment la biologie, en phases pré-analytique, analytique et post-analytique) et la division chimie (toxicologie, physico-chimie, incendie-explosion, stupéfiants…). S'y ajoutent une division armes et munitions (balistique, résidus de tir), une division dédiée à l'accueil et au conseil au requérant, une section qualité-métrologie et les fonctions support.
Point essentiel pour comprendre la chaîne criminalistique : chaque scellé entrant est enregistré par une division spécialisée dans la gestion des scellés. Ce point d'entrée unique garantit la traçabilité du prélèvement, de sa réception jusqu'à sa restitution, et la conformité des réquisitions. Une même réquisition portant sur une arme à feu peut ainsi déclencher, dans un ordre précis, une recherche de traces papillaires, une recherche d'ADN et un examen balistique, c'est ce que l'on appelle une analyse pluridisciplinaire.
L'organisation territoriale : l'échelon le plus mouvant
C'est ici que l'organisation se transforme le plus souvent et que les repères datent rapidement. À la suite de la réforme de la police nationale, un décret d'octobre 2024 a adapté le fonctionnement du SNPS : ses délégations zonales sont désormais rattachées hiérarchiquement aux directions zonales de la police nationale (DZPN), à l'exception de l'Île-de-France, où aucune DZPN n'a été créée.
Sur le terrain, l'essentiel de l'activité se joue dans un maillage dense de services de proximité avec près de 2600 personnels répartis dans plus de 600 services. Au sein d'une division de police scientifique (DPS) ou d'une division locale (DLPS), les personnels peuvent être affectés :
- en sections d'intervention, graduées du niveau 1 au niveau 3 selon la technicité (le niveau 3 traitant les scènes les plus complexes) ;
- en section identification, gestionnaire local du FAED ;
- en section criminalistique conventionnelle (SCC), adossée à un plateau technique de proximité (PTP) ou zonal (PTZP).
Beaucoup de divisions ne disposent que d'une ou deux de ces sections. L'investigation numérique, elle, peut relever d'une antenne ou d'un détachement de l'Office anti-cybercriminalité (OFAC), un domaine en très forte croissance.
Il faut garder à l'esprit une réalité que les séries télévisées occultent complètement : la grande majorité des interventions concerne la délinquance du quotidien (cambriolages, dégradations, véhicules volés), et non les affaires criminelles, qui restent minoritaires en volume.
La gendarmerie : l'IRCGN et les acteurs de terrain
Côté gendarmerie, l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), installé à Pontoise depuis 2015, est un service d'excellence reconnu mondialement. Il rassemble environ 240 personnels militaires et civils et traite plusieurs centaines de dossiers par jour. Il est organisé en cinq divisions et de nombreux départements spécialisés :
- la division criminalistique physique et chimie (balistique, toxicologie, incendie-explosif, microanalyse, faune et flore forensiques, véhicule, signal-image-parole) ;
- la division criminalistique identification humaine (empreintes digitales, anthropologie, médecine légale, morphoanalyse des traces de sang et odontologie) ;
- la division criminalistique ingénierie et numérique ;
- la division criminalistique biologie et génétique (avec le Service central de préservation des prélèvements biologiques, le SCPPB) ;
- une unité de projection, l'Unité d'investigation et d'identification (U2i), elle-même composée de l'Unité nationale d'investigation criminelle (UNIC) pour les crimes les plus difficiles et de l'Unité de gendarmerie d'identification des victimes de catastrophes (UGIVC).
Sur le terrain, les premières constatations en zone gendarmerie sont assurées par les techniciens en identification criminelle (TIC), répartis dans les cellules d'identification criminelle (CIC) des départements. Particularité majeure déjà soulignée : à la différence des personnels scientifiques de la police nationale, les gendarmes disposent d'une qualification judiciaire.
Accréditation et plateaux techniques
La fiabilité de la preuve impose un cadre strict. Les services de police scientifique mènent leurs activités selon la norme ISO17025 et sont contrôlés par le Comité français d'accréditation (COFRAC). Cette exigence a conduit à rénover des centaines de services et à créer des plateaux techniques, qui sont des laboratoires de révélation de traces papillaires à plus petite échelle. On compte aujourd'hui six laboratoires (l'IRCGN et les cinq LPS) et 157 plateaux techniques accrédités, police et gendarmerie confondues.
Une part croissante confiée au privé
À côté des laboratoires publics, des laboratoires privés accrédités interviennent sur réquisition judiciaire, notamment en génétique. L'un des plus actifs, l'IGNA, traite chaque année plusieurs milliers de dossiers. Les analyses publiques restent toutefois nettement moins coûteuses que celles du privé.
« Recruter, former, affecter » : la réforme du recrutement en 2026
Nouveauté de premier plan : la création d'une École nationale de police scientifique (ENPS) instaure le principe « recruter, former, affecter ». Dès 2026, les lauréats des concours seront d'abord incorporés en école, formés, puis choisiront leur poste seulement à l'issue de la formation. C'est un changement de logique notable, qui modifie le parcours des futurs personnels.
Glossaire des acronymes de la police scientifique
Institutions et acteurs nationaux
Sigle | Signification |
|---|---|
PTS | Police Technique et Scientifique |
DGPN | Direction Générale de la Police Nationale |
DGGN | Direction Générale de la Gendarmerie Nationale |
SNPS | Service National de Police Scientifique |
IRCGN | Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale |
UNPJ | Unité Nationale de Police Judiciaire |
SCPTS | Service Central de la Police Technique et Scientifique (ancien, fusionné) |
INPS | Institut National de Police Scientifique (ancien, fusionné) |
École Nationale de Police Scientifique |
Police nationale : services et échelons
Sigle | Signification |
|---|---|
LPS | Laboratoire de Police Scientifique |
LCCN | Laboratoire Central de Criminalistique Numérique |
UNI | Unité Nationale d'Intervention |
CONSTOX | Unité de constatations en milieu toxique (NRBC-E) |
UPIVC | Unité de Police d'Identification des Victimes de Catastrophes |
DZPN | Direction Zonale de la Police Nationale |
DPS | Division de Police Scientifique |
DLPS | Division Locale de Police Scientifique |
BPS | Base de Police Scientifique |
PTP | Plateau Technique de Proximité |
PTZP | Plateau Technique Zonal de Proximité |
SCC | Section Criminalistique Conventionnelle |
OFAC | Office Anti-Cybercriminalité |
Gendarmerie nationale
Sigle | Signification |
|---|---|
TIC | Technicien en Identification Criminelle |
CIC | Cellule d'Identification Criminelle |
U2i | Unité d'Investigation et d'Identification |
UNIC | Unité Nationale d'Investigation Criminelle |
UGIVC | Unité de Gendarmerie d'Identification des Victimes de Catastrophes |
SCPPB | Service Central de Préservation des Prélèvements Biologiques |
Fichiers et accréditation
Sigle | Signification |
|---|---|
FAED | Fichier Automatisé des Empreintes Digitales |
FNAEG | Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques |
FNIB | Fichier National d'Identification Balistique |
COFRAC | Comité Français d'Accréditation |
Grades et corps (concours)
Sigle | Signification |
|---|---|
ASPTS | Agent Spécialisé de Police Technique et Scientifique |
Technicien de Police Technique et Scientifique | |
IPTS | Ingénieur de Police Technique et Scientifique |
Une organisation en perpétuel mouvement
Retenez l'organisation générale : deux institutions (police et gendarmerie), un service national pour la police (le SNPS) appuyé par cinq laboratoires (LPS), un institut pour la gendarmerie (l'IRCGN), un maillage territorial dense, et un cadre d'accréditation exigeant. Ces repères évoluent très régulièrement, réformes, renommages, nouvelles écoles et leurs subtilités font la différence le jour d'un oral de concours, où employer le bon sigle et comprendre qui fait quoi se remarque immédiatement.


